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Accueil > Une hausse de la charge d’intérêts partie pour durer !

Une hausse de la charge d’intérêts partie pour durer !

Généralisée à l’échelle mondiale, la montée des taux d’intérêt de marché a été particulièrement brutale en France, qui paie désormais très cher son incurie budgétaire. En l’absence de réformes majeures, l’endettement progressera inexorablement ces prochaines années…

Prime de risque

D’environ 3,5 % de septembre 2025 à la mi-2026, les taux de l’OAT à 10 ans français ont bondi depuis lors, pour approcher le seuil de 5 % début octobre ; ils n’avaient pas atteint un tel niveau depuis l’été 2002. L’écart avec les taux observés chez nos voisins grandit, celui avec l’Allemagne s’inscrivant même à 150 points de base il y a quelques jours, une première depuis 2011. En conséquence, le montant des intérêts payés par l’Etat français s’élargit : selon le projet de loi de finances déposé à l’Assemblée nationale le  1er octobre, celui-ci ressortirait à 65 milliards d’€ cette année, légèrement au-dessus du budget consacré à l’enseignement scolaire (plafonds de crédits estimés à 64,5 milliards) et à la défense (57 milliards) ; le montant des intérêts payés par l’ensemble des administrations publiques s’établirait, lui, à 79 milliards puis à 91 milliards l’an prochain, en regard d’à peine 30 milliards en 2020. Cinq observations peuvent être faites :

  • En 2026-2027, d’après le chiffrage du Haut Conseil des finances publiques, le renchérissement de la charge d’intérêts versés par les administrations publiques contribuerait à hauteur de 28 % à celui des dépenses publiques totales (hors crédits d’impôts), alors qu’elle ne représente que 5 % de l’ensemble de celles-ci.
  • La charge d’intérêts représenterait presque l’équivalent de 3 % du PIB l’an prochain, dépassant le ratio affiché par l’Espagne, alors qu’il lui était inférieur de 1,4 point en 2022. L’Italie reste loin devant (plus de 4 %) mais enregistre désormais un excédent primaire (c’est-à-dire un solde public hors intérêts positif), alors que notre pays dégage un déficit primaire évalué à 2,8 %.
  • Comme notre gouvernement retient une hypothèse de taux à 10 ans de « seulement » 4,2 % à la fin 2026 et de 4,3 % en moyenne annuelle 2027, il est plus que probable que la charge d’intérêts dépassera finalement le montant retenu à ce stade, d’autant que l’inflation a fait son retour[1] : ainsi, est-il souligné dans le PLF, une augmentation d’1 point de % des taux (ou de 100 points de base) engendre une croissance de l’ordre de 3 milliards de la charge d’intérêts la première année, de 8 milliards la seconde et de 12 milliards la troisième.
  • Compte tenu de la maturité de la dette (8,5 années en moyenne), les taux présents et futurs adossés aux nouveaux titres de dette émis seront supérieurs à ceux en vigueur jusqu’au Covid ; pendant ce temps, l’encours d’endettement continuera de grimper en raison de l’accumulation des déficits, de sorte que la charge de la dette culminerait au-delà de 130 milliards en 2030.
  • Immanquablement, le coût de financement pour les entreprises va se tendre, alors même que leurs investissements n’ont guère varié depuis trois ans ; en juillet 2026, celui-ci s’affichait encore à moins de 3,8 % en moyenne toutes maturités confondues selon la Banque de France, pour les titres de dette comme pour les crédits bancaires. Les conditions de financement vont également se durcir pour les ménages, à l’heure où les transactions de logements dans l’ancien, qui s’étaient vivement redressées tout au long de 2025, plafonnent désormais à 960 000 en cumulé sur douze mois ; en conséquence, la durée initiale des prêts immobiliers s’allongera (elle s’élève à 22 ans et 8 mois), sauf dans le cas où les prix connaîtraient un ajustement.

 Un déficit public encore au-delà de 5 %

En 2025, le déficit des administrations publiques s’était inscrit à 152,5 milliards d’€ dans l’Hexagone, soit l’équivalent de 5,1 % du PIB. Le gouvernement envisage que le ratio monterait à 5,4 % cette année, résultat notamment d’une progression des dépenses incluant la charge d’intérêts à nouveau supérieure au PIB, ce malgré une moindre avance des dépenses du champ social (+ 2,4 % espéré en valeur après + 3,3 % en 2025), et, une quasi-stabilisation des dépenses des administrations locales en ligne avec le cycle électoral communal ; par ailleurs, placé au dénominateur, le PIB se raffermirait de seulement 0,5 % en volume cette année, pénalisé par la chute des rendements agricoles et par l’absence d’impulsion de la demande privée. Pour 2027, l’objectif d’un déficit à 5 % repose sur le scénario d’un effort structurel à hauteur de 28 milliards d’€, dont 17 milliards de mesures nouvelles en prélèvements obligatoires (inclusion de la participation et de l’intéressement à l’assiette des allègements généraux, gel des allègements généraux, autres mesures sur les cotisations comme l’ATMP, etc.).

Pour autant, le Haut Conseil des finances publiques juge que « l’incertitude sur le rendement des mesures nouvelles est significative et regrette de ne pas être en mesure d’en apprécier finement les chiffrages compte tenu du peu de temps et de la documentation limitée dont il dispose », sans oublier que la croissance anticipée apparaît optimiste, notamment au regard du contexte géopolitique.

Le gouvernement s’attend à une augmentation de la dette publique de 3,6 points de PIB fin 2026 puis de 2,4 points fin 2027, atteignant 121,7 % à cet horizon ; l’indicateur est le deuxième plus élevé de l’Union européenne derrière l’Italie, où il approche 140 %. Au-delà du fait que la trajectoire de notre dette est systématiquement sous-estimée dans les PLF successifs, le Haut Conseil des finances publiques et la Cour des comptes soulignent le besoin impératif de reprendre le contrôle de cette dernière, indispensable pour la souveraineté financière de notre pays.

[1] Un peu plus de 10 % de la dette émise par l’Etat est indexée sur l’inflation en France ou en zone euro. Or, celle-ci s’est accélérée depuis la guerre dans le Golfe : en zone euro, elle atteint 3,8 % sur un an en septembre 2026.

Chiffres clés :

  • +1 % : variation annuelle du PIB prévue en France en 2027 (source : projet de loi de finances)
  • 4,85 % : taux de l’OAT à 10 ans français le 7 octobre 2026
  • 2,9 % : charge d’intérêts en proportion du PIB en 2027 (2,6 % en 2026)
  • 57,5 % : proportion de non résidents détenant les titres de la dette négociable de l’Etat au T1 2026
  • 56,9 % : dépenses publiques en proportion du PIB en 2027
  • 44,2 % : taux de prélèvements obligatoire en 2027
  • 12,2 points de PIB : variation de la dette publique entre 2023 et 2027

CONTACTS

Mathieu PERAUD

Délégué Général

02 99 87 42 87

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