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Résilience des entreprises industrielles
Le choc énergétique consécutif au déclenchement de la guerre dans le Golfe constitue un défi supplémentaire pour le tissu productif français, déjà fragilisé par une succession de crises depuis six ans. Et pourtant, au-delà des révisions favorables annoncées récemment par l’Insee pour les derniers exercices, les entreprises industrielles parviennent à ce jour à maintenir peu ou prou leur niveau d’activité, tout en poursuivant leur effort d’investissement (principalement celui dédié à la recherche-développement).
Une révision de la croissance économique passée grâce à l’industrie
Fin mai, l’Insee a révisé légèrement à la baisse l’évolution du PIB annoncée un mois plus tôt pour le premier trimestre 2026, lequel se serait contracté de 0,1 %. Au même moment, l’institut statistique a revu à la hausse les chiffres de croissance passée, à la faveur de la prise en compte des liasses fiscales des entreprises, qui mettent en lumière une augmentation finalement plus soutenue de leur valeur ajoutée exprimée en volume, principalement en 2023 : en effet, en période de vive inflation, le partage volumes-prix est particulièrement délicat à opérer en l’absence de disponibilité des statistiques annuelles d’entreprises. L’industrie manufacturière a très largement bénéficié de cette révision : fin 2025, la valeur ajoutée du secteur dépassait finalement de 7,4 % sa marque de fin 2019, alors que, avant le 29 mai, l’écart était seulement évalué à 1,2 %. C’est l’indicateur mesuré pour les matériels de transport qui a été rehaussé très largement (aéronautique, naval, ferroviaire), se positionnant désormais 28 % au-dessus de son palier atteint six ans auparavant.
Compte tenu de l’absence de révision sur les effectifs, l’évolution finalement plus favorable de l’activité se traduit mécaniquement par une meilleure productivité : après trois années durant laquelle elle avait souffert en liaison avec le développement de l’apprentissage et la forte rétention de main-d’œuvre en sortie de pandémie, la productivité par tête (valeur ajoutée / emploi) s’est redressée de 11 % en cumulé sur la période 2023-2025 dans l’industrie manufacturière. S’il dépasse à présent son niveau moyen de 2019, l’indicateur n’a toutefois pas retrouvé la tendance qui était la sienne la décennie précédente.
Des projets d’implantation annoncés nombreux mais un tissu fragilisé
Lors du récent sommet Choose France, des montants d’investissement inédits sur le sol français ont été annoncés, principalement dans les centres de données. S’il faut se réjouir de l’attractivité de notre pays telle qu’elle est mesurée par la baromètre annuel EY[1] (auprès notamment des investisseurs américains et européens), certains projets ne se concrétiseront peut-être pas et, surtout, ils masquent une certaine réalité : malgré une progression observée en fin de période, les investissements directs[2] étrangers en France se montrent le plus souvent inférieurs aux investissements directs français à l’étranger d’après les données de la Banque de France compilées jusqu’en 2024, ce dans l’industrie comme dans l’ensemble de l’économie.
Les bonnes nouvelles énoncées ci-contre ne doivent par ailleurs pas faire oublier que la conjoncture reste soumise à des tensions géopolitiques majeures. Si le choc énergétique à l’œuvre depuis le début du conflit en Iran a peu à voir avec celui de 2022, les cours pétroliers relevés jusqu’à l’annonce d’un accord de paix le 15 juin dépassaient d’environ 30 $ par baril leur niveau moyen de janvier 2026. Or certaines industries y sont particulièrement sensibles, notamment celle regroupant la chimie, les engrais et les plastiques, où les intrants pétroliers représentent près des deux tiers de la valeur ajoutée dégagée par cette même branche considérée au sens large. En y ajoutant l’électricité et le gaz, les intrants énergétiques des secteurs du papier-carton et de la sidérurgie représentent de leur côté pas loin de 20 % de leur valeur ajoutée, les mêmes industries qui voyaient déjà leur activité dégradée avant la guerre. Au total, un cinquième des industriels interrogés par la Banque de France déclarent avoir renchéri leurs prix de vente en avril dernier et autant envisagent de le faire de nouveau. Parallèlement, les carnets de commandes s’inscrivent clairement sous leur moyenne historique, à l’exception notable de l’aéronautique et des équipements électriques.
Les défaillances d’entreprises industrielles s’inscrivent à 4 465 en cumulé sur douze mois en avril 2026, un plus haut depuis dix ans et demi. Dans ce contexte, les effectifs se replient, tendance qui vaut aussi pour la métallurgie : environ 3 400 pertes nettes de postes sont intervenues entre les premiers trimestres de 2025 et de 2026 (y compris interim), celles dans l’automobile et les produits métalliques (usinage, structures, sidérurgie, etc.) faisant plus que compenser les créations nettes dans les autres matériels de transport et la réparation de machines. Toujours dans la métallurgie, le nombre de salariés concernés par un licenciement économique dans le cadre d’un PSE envisagé a de nouveau grimpé, passant d’environ 8 700 en 2024 à plus de 11 000 en 2025.
Un déficit commercial toujours massif
Les exportations françaises de biens ressortent à 53,3 milliards d’€ en moyenne chaque mois depuis le début 2026 d’après les douanes, c’est-à-dire 2,4 milliards de mieux qu’en 2024-2025. Elles sont tirées par les livraisons de matériel militaire qui franchissent un seuil historique, tandis que les ventes de navires et bateaux ainsi que de produits aéronautiques se sont réduites en contrecoup des ventes exceptionnelles comptabilisées au deuxième semestre 2025. De leur côté, les importations de biens sont également plus élevées (surtout en mars-avril), en raison pour partie de l’augmentation de la demande adressée à la Chine ; les seules importations de pétrole depuis le Proche et Moyen-Orient déclinent (brut et raffiné), représentant 11 % des importations françaises totales de pétrole au premier trimestre 2026 en regard de 17 % l’an passé. Au final, le déficit des échanges extérieurs français ressort encore à 4,7 milliards d’€ en rythme mensuel, en dépit d’excédents notables (aéronautique, boissons, parfums-cosmétiques, et, dans une moindre mesure, pharmacie, cuir-bagages, joaillerie, produits laitiers).
[1] Depuis 1997, le EY recense les annonces d’implantation ou d’extension étrangères dans 47 pays européens. La dernière enquête annuelle portant sur la perception et les attentes de 200 dirigeants internationaux a été menée en ligne du 13 février au 13 mars 2026.
[2] Par convention, on considère qu’il y a investissement direct lorsque l’entité investisseuse acquiert ou détient au moins 10 % du capital ou des droits de vote de l’entreprise investie.
CONTACTS
Mathieu PERAUD
Délégué Général02 99 87 42 87
