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Prise de position

Accueil > “Le choix de produire dans des usines à taille humaine” Axel Krid, Président UIMM 35-56

“Le choix de produire dans des usines à taille humaine” Axel Krid, Président UIMM 35-56

Lors de l’anniversaire des 80 ans de l’UIMM 35-56, le 25 juin dernier, le nouveau président de l’UIMM 35-56, Axel KRID, a clôturé la séance plénière par un discours offensif et résilient : “L’industrie, ce n’est pas seulement produire. C’est faire vivre un territoire”.

Mesdames et Messieurs,
Comme vous venez de l’entendre, ce que nous célébrons ce soir, ce n’est pas simplement un anniversaire – c’est :
• 80 ans d’engagement,
• 80 ans de travail collectif,
•80 ans d’industrie au service de notre beau territoire breton et de ses habitants.

Depuis 80 ans, c’est autour de ces valeurs fortes que l’industrie bretonne, et en particulier la métallurgie, s’est construite. En Bretagne, on ne se contente pas de parler d’avenir, on le fabrique – et cet avenir passe par l’industrie.
Une conviction assumée
En tant qu’industriel breton, je m’engage dans cette présidence pour trois ans car j’ai une double conviction :
• L’industrie n’est pas un secteur parmi d’autres
• Elle est une condition de notre prospérité collective

Cohésion des territoires, emplois de qualité, innovation, transition environnementale, souveraineté : sur tous ces sujets, l’industrie n’est pas un problème – elle fait partie de la solution.
Et je le dis très simplement : il n’y aura pas de territoire fort sans industrie forte, compétitive et conquérante.

Regarder la réalité en face
En plusieurs années d’implication active à l’UIMM 35-56, j’ai constaté que chefs d’entreprise, élus, représentants syndicaux et financiers partagent l’objectif de réindustrialiser.
La volonté est là. Les moyens aussi, souvent. Les résultats, beaucoup moins.

Ainsi, la France est 1ière en termes d’attractivité selon le baromètre EY. Première en nombre de projets, mais pas en nombre d’emplois ni en capitaux investis. Et pour la dimension des projets, la France est même dernière. Pourquoi ?
Parce que notre difficulté n’est pas seulement technique. Elle réside dans :
• Notre manière de décider – Henri Queuille disait : « il n’est pas de problème qu’une absence de solution finisse par résoudre »,
• Notre capacité à simplifier – en 20 ans, nous sommes passés de 245 000 à 368 000 articles de loi et réglementations applicables,
• Notre volonté d’agir réellement – il sera toujours plus facile de proposer de nouveaux droits que de nouveaux devoirs.

Trop souvent, nous complexifions ce que nous devrions accélérer.
Trop souvent, nous hésitons là où il faudrait choisir.
Pendant ce temps, tout change : tension géopolitiques, transition énergétique, IA. Le monde ne nous attendra pas pour décider à notre place.

Le choix de produire
Dans cette période de doutes et de transitions, deux choses restent certaines :
• On ne construit pas un avenir solide sans produire,
• On n’est pas maître de son destin sans produire.

Quand la Chine a rejoint l’OMC en 2001, son PIB était de 1 200 milliards de dollars, et celui de la France de 1 500 milliards de dollars. 24 ans plus tard, notre PIB a été multiplié par 2, celui de la Chine par 16. L’humble atelier du monde, en 25 ans, est devenu la 2ième puissance économique mondiale.
Produire, et produire en Bretagne, ce n’est pas donc être tourné vers le passé : c’est un choix stratégique.
• C’est créer.
• C’est innover.
• C’est protéger l’environnement.

En effet, 1KWh d’électricité, c’est 40g de CO2 en France avec le nucléaire civil, 360 aux USA et 700 en Chine avec le charbon : ainsi, produire davantage en France réduirait fortement l’empreinte globale.

Le modèle à construire : les usines à taille humaine
Nos dépendances extérieures s’accentuent, nos territoires se fragmentent, les contraintes écologiques s’intensifient : la question productive est un des enjeux majeurs des 30 prochaines années.
La réponse ne peut pas se limiter à quelques projets symboliques, ni à une nostalgie industrielle. Elle suppose une transformation de fond : recomposer notre base productive pour la rendre plus décentralisée, plus réactive, et plus résiliente.
C’est la reconstruction d’un maillage dense d’unités productives compactes, intelligentes et ancrées dans les territoires. Ce sont les usines à taille humaine. D’une certaine manière, elles sont déjà là :
• Dans vos entreprises ;
• Dans vos ateliers ;

•Dans notre territoire, la Bretagne.
Dans notre réseau, 98 % des entreprises sont des usines à taille humaine – Des sites de 5 à 500 personnes, ancrés localement, proches des clients, capables de s’adapter rapidement.
Elles dessinent une voie crédible pour réconcilier production, souveraineté, emploi local et résilience territoriale.
Aujourd’hui déjà, et plus encore demain, les usines à taille humaine reposent sur une forte intensité numérique :
• Matérielle : impression 3D, robotique modulaire,
• Logicielle : ERP, IA industrielle, mais aussi donnée, connectivité et puissance de calcul.
Les grands centres de données resteront indispensables, mais ils devront être complétés par des capacités locales et souveraines, pour garantir la réactivité, la cybersécurité et la continuité d’activité. C’est cette organisation hybride qui permettra à notre industrie de résister aux crises et aux ruptures.

Un cap clair
Pour faire émerger ce modèle, 3 priorités se dessinent :
1. Investir autrement : des financements adaptés à la réalité de nos entreprises
2. Accélérer la transformation technologique :
a. Des incitations à l’automatisation et à la robotisation accessibles aux TPE-PME,
b. Un accès facilité à l’IA industrielle, sécurisée et interopérable
3. Former massivement
Nous devons former mieux : formations techniques, enseignement supérieur orienté industrie numérique, et dispositifs de reconversion pour les salariés des filières en mutation. Pour ce faire, nous proposons de mobiliser tout ou partie du milliard d’euros de contributions formation des entreprises industrielles qui s’évapore chaque année.

Si la France saisit cette opportunité, elle pourra bâtir un nouveau standard productif fondé sur quatre principes : technologie, proximité, souveraineté et infrastructure numérique décentralisée — et, ce faisant, renouveler durablement son tissu industriel.
Pour accepter des réformes, tout groupe humain a besoin d’un cap, d’une vision, d’une raison d’être, comme nous le faisons dans nos entreprises.

À ce propos, citons Saint-Exupéry : ” Si tu veux construire un bateau, ne rassemble pas tes hommes et femmes pour leur donner des ordres, pour expliquer chaque détail, pour leur dire où trouver chaque chose… Si tu veux construire un bateau, fais naître dans le coeur de tes hommes et femmes le désir de la mer. »

Un enjeu collectif
L’industrie, ce n’est pas qu’une affaire d’entrepreneurs. C’est une affaire de territoire. Une affaire de société. C’est un projet collectif.
Parce que derrière chaque usine, il y a une dynamique locale.
Derrière chaque emploi industriel, il y a une famille, un avenir, des emplois induits.

L’industrie, ce n’est pas seulement produire. C’est faire vivre un territoire.
Il y a 80 ans, nos prédécesseurs ont reconstruit une industrie dans un pays en ruine, et fondé notre modèle social sur des principes de solidarité, d’universalité et de soutenabilité.

Aujourd’hui, notre défi est différent… mais tout aussi exigeant : bâtir une industrie forte dans un monde en mutation. Cela passera par un enjeu essentiel : retrouver le sens du bien commun et renforcer le lien social, car c’est là le socle de notre modèle social.
• Nous en avons les moyens.
• Nous avons les talents.
• Nous avons l’énergie.
Alors allons-y !

• Continuons à produire.
• Continuons à innover.
• Continuons à former et investir dans le capital humain.
• Continuons à entreprendre.

Et surtout, continuons à faire de l’industrie bretonne une force pour notre territoire et pour notre pays. Longue vie à l’UIMM 35-56, pour les 80 prochaines années d’étincelles collectives !

Axel KRID

Président UIMM 35-56

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