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Davantage d’inflation

Le regain actuel d’inflation doit beaucoup à l’apparition de déséquilibres entre l’offre et la demande sur de nombreux marchés, conséquence elle-même de la crise sanitaire.

En France, l’augmentation sur un an des prix est désormais supérieure à 2 %, en regard d’une moyenne d’à peine 1 % lors de la décennie passée.

Une inflation plus forte quasiment partout

Selon une première estimation d’Eurostat, le glissement annuel des prix à la consommation harmonisés a atteint 3,4 % en septembre 2021 en zone euro, après 3 % au mois d’août. Il est même de l’ordre de 4 % dans certains pays comme l’Espagne et la Belgique, mais aussi l’Allemagne où la réduction transitoire du taux de TVA au second semestre 2020 constitue un effet de base « positif ». L’inflation fait donc son retour après de nombreuses années durant lesquelles elle s’était montrée quasiment absente en dépit des politiques monétaires non conventionnelles mises en œuvre par la Banque centrale européenne. Les États-Unis ne sont pas en reste, l’indice des prix de détail progressant d’au moins 5 % depuis mai en raison notamment du boom de certains tarifs (billets d’avions, location d’automobiles), dans un contexte où les mesures de relance destinées aux ménages ont été d’une ampleur considérable. Si la Chine semble échapper au mouvement d’ensemble, l’inflation mondiale calculée par le FMI est désormais évaluée autour de 6 % sur 12 mois, moyenne recouvrant des rythmes de respectivement 8 % dans les pays émergents et pas loin de 4 % dans les pays développés.

Boom des tarifs de l’énergie

Dans l’Hexagone, les prix à la consommation ont augmenté de l’ordre de 1 % l’an au cours du premier semestre 2021, avant d’accélérer à plus de 2 % en septembre. En fait, depuis la grande crise financière, seuls 3 épisodes de hausse supérieure au seuil des 2 % ont été enregistrés : en 2008, en 2011-2012, et, en 2018. Chaque fois, ils ont été marqués par une montée brutale des cours des matières premières, scénario qui s’est répété à partir de l’été 2020 en ligne avec la vigueur de la croissance mondiale. Ceux-ci ont en effet atteint un plus haut depuis 10 ans au printemps dernier, avant de refluer à peine ensuite ; un temps en retrait, les cours du Brent dépassent à ce jour 80 dollars par baril, c’est-à-dire pas loin du double des niveaux enregistrés début octobre 2020.

Au mois de septembre 2021, le glissement annuel des tarifs de l’énergie s’est établi à plus de 14 % en France. Dit autrement, celui-ci explique plus de la moitié de l’inflation d’ensemble, alors que la consommation d’énergie représente à peine 8 % du panier moyen des Français (y compris les carburants). Conséquence de la flambée des prix mondiaux du gaz naturel (elle-même liée à la vitalité de la demande asiatique, à la reconstitution des stocks en Europe à l’approche de l’hiver, et, aux restrictions des exportations de la Russie), les tarifs réglementés du gaz ont grimpé de près de 8 % le 1er septembre puis de 12,6 % le 1er octobre ; leur envolée des derniers mois, qui concerne environ 3 millions de ménages, efface ainsi largement le recul qui était intervenu entre le début 2019 et la mi-2020. Afin de prévenir la poursuite du mouvement, le premier ministre a annoncé un gel des prix du gaz jusqu’en mars 2022 et un plafonnement de ceux de l’électricité jusqu’en en février, échéance qui aurait potentiellement vu ces derniers s’accroître nettement.

Hausse pour les services mais quasi-stabilité pour les biens manufacturés

Outre les prix de l’énergie, ceux des services se sont aussi raffermis, quoique plus tardivement. Leur avance sur 12 mois est passée à 1,5 % en septembre 2021 en regard en moyenne de 0,7 % les 3 mois précédents, sans que le détail par poste de dépense ne soit connu à ce stade ; les prix du transport ont grimpé de près de 4 % en août (ils avaient diminué durant l’été 2020) et ceux des communications de près de 3 %. De leur côté, les prix des biens manufacturés ont affiché une avance de seulement 0,4 % sur un an en septembre, malgré les difficultés d’approvisionnement qui concernent de nombreux produits (automobiles, vélos, textile, jouets, meubles, téléviseurs, etc.) et qui contribuent à la progression à 2 chiffres des prix de production. Enfin, celle des tarifs de l’alimentation demeure contenue (+ 1 %) en raison de la quasi-stabilité observée pour les produits autres que frais, alors que les prix du tabac se maintiennent sur une pente proche de 5 % en répercussion du relèvement de la fiscalité appliqué en novembre 2020.

L’accélération de l’inflation ne se prolongerait pas

Les pressions inflationnistes n’affectent par nature pas de la même façon les ménages, chacun ayant une consommation de biens et services qui lui est propre. Pour autant, la variation de l’indice général des prix mesurée par l’Insee (hors tabac) apparaît jusque-là comparable à celle mesurée spécifiquement auprès des 20 % de ménages aux revenus les plus faibles (indice hors tabac retenu dans la formule de revalorisation du SMIC). Pour autant également, l’accélération des prix n’efface pas complètement la progression de la masse des revenus dégagés par les Français, de sorte que le pouvoir d’achat parvient en moyenne à résister malgré l’ampleur de la crise économique traversée.

Le risque que l’inflation se poursuive ne peut être totalement évacué mais porte surtout la trace de la crise, de sorte que nombre de prévisionnistes ne retiennent pas un scénario d’inflation plus élevée pour 2022 : le consensus de la vingtaine d’économistes français interrogés récemment anticipe une augmentation de 1,5 % en moyenne annuelle, rythme similaire à celui attendu pour 2021.

Chiffres :

  • + 2,1 % : variation sur 1 an des prix à la consommation en septembre en France
  • + 80 € : variation du cours spot du gaz naturel à Rotterdam entre début juillet et début octobre 2021 (par MW/heure)
  • + 4,6 % : variation sur 1 an des prix des produits frais en septembre
  • + 10 % : variation sur 1 an des prix de production dans l’industrie en août
  • – 3,1 % : variation sur 1 an des prix des produits médicaux en août
  • + 1,3 % : variation sur 1 an des prix des loyers en août
  • + 7,7 % : variation sur 1 an des prix du transport ferroviaire de passagers en août
  • + 2,5 % : variation sur 1 an des prix des services de téléphonie en août

 

CONTACTS

Mathieu PERAUD

Délégué Général

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