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Conjoncture économique : modeste progression de la demande privée
A + 0,9 % en 2025, la croissance économique en France a de nouveau évolué à un rythme comparable à son potentiel. Elle s’est appuyée sur une hausse des stocks, et, sur l’ascension prolongée des dépenses publiques, de sorte que le déficit des administrations s’est élevé à plus de 5 % du PIB pour le troisième exercice consécutif.
Une consommation toujours peu allante
L’économie française a achevé l’année 2025 par une progression de son PIB de 0,2 % en volume lors des trois derniers mois, après + 0,5 % au troisième trimestre. Au final, celui-ci a grimpé de 0,9 % en moyenne annuelle (après + 1,1 % en 2024), quand la croissance calculée en zone euro a atteint 1,5 % d’après une première estimation communiquée par Eurostat ; depuis la pandémie toutefois, notre pays a enregistré un résultat similaire à celui de ses voisins.
En dépit d’une petite amélioration en fin de période, la consommation des ménages- qui représente plus de la moitié du PIB- s’est seulement raffermie de 0,4 % l’année écoulée dans l’Hexagone. En effet, les dépenses en biens industriels ont diminué pour la quatrième année consécutive, conséquence du repli de celles dédiées à l’agroalimentaire et aux matériels de transport (selon les statistiques du ministère de l’écologie, les immatriculations de véhicules automobiles particuliers sont ressorties à 140 000 par mois contre 146 000 en moyenne en 2024). A l’inverse, les achats de services se sont renforcés de 1,2 %, stimulés notamment par la demande en services immobiliers, en information-communication et en hébergement-restauration. Si le pouvoir d’achat de l’ensemble des revenus nets de prélèvements a effectivement avancé de l’ordre de 0,5 % en 2025 comme l’envisageait l’Insee dans sa note de conjoncture parue en décembre, le taux d’épargne n’a pas reflué, culminant autour de 18,5 % (pour mémoire, avant le Covid, le ratio était d’environ 14,5 %) ; à plus de 9 %, le seul taux d’épargne financière représente plus du double se son niveau observé en 2019.
A l’issue d’une chute de 17 %, la seconde composante des dépenses des Français- à savoir leurs investissements en logements- se sont timidement ressaisis l’an passé : + 0,8 %. Le reflux des taux d’emprunt jusqu’à la mi-2025 a il est vrai favorisé le retour des primo-accédants mais une remontée de quelques dixièmes de point de ces derniers en 2026 est envisagée par l’observatoire Crédit logement, ce en dépit de la faiblesse de l’inflation.
Résistance des investissements productifs et restockage
Les incertitudes politiques liées à la dissolution de l’Assemblée nationale avaient conduit à un repli de 2,4 % des investissements des entreprises en moyenne annuelle 2024. Ceux-ci ont résisté en 2025, alors même que les dépenses en produits industriels (biens d’équipement et matériels de transport) ont de nouveau diminué, tout comme celles en construction non résidentielle ; dans le même temps en effet, les investissements en logiciels-R&D sont restés dynamiques, progressant de 3,4 % après + 4 % en 2024. Désormais, leur montant exprimé en € constants dépasse celui des dépenses en construction, elles-mêmes pénalisées par les changements structurels dans l’organisation du travail (développement du télétravail depuis la crise sanitaire). Ainsi, la digitalisation des entreprises françaises continue de se déployer en dépit de l’adoption d’un PLF 2026 qui leur est défavorable, dans un contexte de surcroît où le manque de demande reste le principal obstacle signalé par les TPE/PME dans une enquête récemment menée par Bpifrance.
Si les dépenses en capital fixe ont eu un effet neutre sur la croissance l’an passé, celles en capital circulant l’ont nettement soutenue (+ 0,7 point de contribution), mouvement uniquement à l’œuvre au premier semestre, puisque, au second, la détente des contraintes d’approvisionnement dans le secteur aéronautique s’est traduite par une vive hausse des livraisons d’appareils, laquelle a eu pour contrepartie un mouvement de déstockage.
Progression des exportations moins rapide que celle des importations
En 2025, les importations de biens et services ont connu une avance deux fois plus rapide que les ventes à l’étranger : + 2,9 % en volume contre + 1,4 % ; autrement dit, contrairement à 2023 et 2024, le commerce extérieur a pénalisé la croissance économique. Ce constat n’empêche pas que le déficit des échanges de biens s’est encore réduit grâce à l’allègement de l’ordre de 11 milliards d’€ de la facture énergétique, lui-même lié à la décrue des prix pétroliers et à la progression des exportations d’électricité. Le seul déficit mesuré pour les biens manufacturés s’est en revanche élargi de près de 2,5 milliards, conséquence de la dégradation enregistrée pour les produits alimentaires (spiritueux, viande), la chimie de base et les parfums-cosmétiques. De son côté, à 56 milliards en 2025, l’excédent français des échanges de services calculé par la Banque de France s’est maintenu à haut niveau : le surplus pour le poste des transports s’est amoindri mais celui pour les voyages (correspondant à l’écart entre les dépenses des étrangers en France et celles des Français à l’étranger) a franchi pour la première fois le seuil des 20 milliards d’€.
Des comptes publics toujours très déséquilibrés
Tel que mesuré dans les comptes nationaux, le volume des dépenses publiques s’est raffermi de 1,4 % lors de l’exercice passé, moyenne recouvrant une augmentation de 1,7 % de la consommation (rémunérations des agents, consommations intermédiaires, remboursement des soins de santé) et un recul de 0,5 % des investissements malgré l’orientation positive des dépenses des communes sans doute intervenue à l’approche des élections municipales prévues en mars 2026 (les investissements du bloc communal représentent 62 % de ceux réalisés par les administrations locales). Ainsi, le déficit- c’est-à-dire l’écart entre les recettes et les dépenses en valeur effectuées par l’ensemble des administrations publiques- a représenté 5,3 ou 5,4 % du PIB l’année dernière et s’élèverait encore à 5 % cette année d’après le Projet de loi de finance tout juste adopté, lequel prévoit hélas le maintien de la surtaxe exceptionnelle d’IS et la suspension de la réduction de la CVAE.
Chiffres clés : des fondamentaux économiques d’un pays en perte de vitesse depuis plus de 30 ans (la preuve : la Pologne va dépasser la France en 2026 sur l’indicateur du PIB par habitant, alors qu’il y a 30 ans, la Pologne avait un retard de plus d’un tiers).
- + 0,9 % : variation du PIB français en 2025
- -0,3 % : variation de la consommation des ménages en biens manufacturés en 2025
- 3,1 % : taux moyen des crédits nouveaux à l’habitat en novembre 2025
- +0,1 % : variation des investissements des entreprises non financières en 2025
- 39 % : part des TPE/PME ayant réalisé des investissements en 2025
- -0,5 point : contribution du commerce extérieur à la variation du PIB en 2025
- -4 % : variation des exportations de biens vers les Etats-Unis entre le T4 2024 et le T4 2025
- -69,2 milliards d’€ : solde des échanges extérieurs de biens en 2025
- +9,1 % : variation des dépenses des administrations publiques entre 2019 et 2025
- 115,9 % : montant de la dette publique rapporté au PIB fin 2025 (chiffre du PLF)
CONTACTS
Mathieu PERAUD
Délégué Général02 99 87 42 87
